15/12/2025 Intelligence artificielle | Présidence
Des parlementaires, des décideurs politiques, des experts, des professionnels de l'IA, des universitaires et des représentants d'ONG se sont réunis à Londres à l'occasion d'une grande conférence sur l'intelligence artificielle et ont appelé les parlements à jouer un rôle plus important dans l'élaboration, l'application et la réglementation de l'IA afin de garantir sa conformité avec les valeurs démocratiques et les droits humains.
Le Président de l'APCE, Theodoros Rousopoulos, a ouvert la conférence en exhortant les parlements européens à assumer leur responsabilité démocratique en matière de supervision de l'IA, soulignant que « la technologie devait être au service de la représentation, et non la remplacer ».
Citant le mythe de Prométhée, le Président a fait remarquer que le feu était une source de pouvoir, et que le pouvoir exigeait toujours du discernement : « L'intelligence artificielle est le pouvoir de notre époque. Non pas parce qu'elle est impressionnante sur le plan technologique, mais parce qu'elle touche la vie publique en profondeur : la manière dont nous nous informons, dont nous persuadons, dont nous faisons confiance ». Le plus grand danger, a-t-il souligné, est « la transformation progressive des êtres humains en décideurs prévisibles, manipulables et, en fin de compte, remplaçables. Une perte d'autonomie. Une perte de jugement. Et, en fin de compte, une perte de sens ».
L'IA peut optimiser les objectifs, a souligné le Président, mais elle ne peut pas savoir pourquoi ces objectifs ont de la valeur. Contrairement à Prométhée, enchaîné à un rocher, l'humanité a toujours la capacité et le devoir de choisir, a-t-il fait remarquer : « Si nous préservons la dignité humaine, si nous gardons la responsabilité politique entre les mains des hommes, si nous utilisons la technologie pour renforcer la démocratie plutôt que pour la remplacer, alors l'intelligence artificielle ne déterminera pas notre avenir. C'est nous qui le ferons ».
Le Secrétaire Général adjoint du Conseil de l'Europe, Bjørn Berge, a quant à lui souligné dans son discours d'ouverture à quel point l'intelligence artificielle avait déjà changé la base sur laquelle les citoyens ordinaires de nos démocraties se forgent une opinion. « Elle a transformé la manière dont nos représentants parlementaires communiquent avec le public », a-t-il noté, et amplifié les possibilités de manipulation et d'ingérence étrangères dans l'information : « Dans certains cas, ils l'utilisent pour porter atteinte au cœur même de la démocratie en sapant des élections libres et équitables ».
Le Secrétaire Général adjoint a souligné la nécessité de veiller à ce que la technologie soit mise au service des citoyens, et non l'inverse : « Étant donné que l'intelligence artificielle ne connaît pas de frontières, nous devons travailler ensemble [...]. Nous devons veiller à ce que nos processus démocratiques restent résilients, même si les écosystèmes de l'information évoluent, et à ce qu'ils continuent de placer les droits humains au cœur de leurs préoccupations. Nous devons utiliser les systèmes automatisés pour aider les êtres humains, mais pas pour les remplacer ».
Le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, a appelé, dans son discours, à une surveillance et une réglementation intelligentes de l'IA : « Nous ne sommes pas dans un terra nullius juridique, mais nous avons besoin d'une surveillance et d'une réglementation ciblées, cohérentes et intelligentes pour nous protéger de tous des risques inhérents à l'IA et pour instaurer la confiance dans son utilisation ».
Il a également appelé les États à ratifier la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'IA et les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit, et à respecter les deux règlements de l'Union européenne dans ce domaine, à savoir la loi sur les services numériques et la loi sur l'IA.
La conférence, qui s'est tenue les 15 et 16 décembre à la Chambre des communes, a offert une plateforme pour échanger les meilleures pratiques, définir les rôles parlementaires dans la gouvernance de l'IA et mobiliser le soutien en faveur de la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'intelligence artificielle.